|
Le village-frontière
(1415-1680)

Dès après 1415, le destin de l'Artois, donc
de Créquy, s'éloigne de celui de la France. Le Duc de Bourgogne mène sa
propre politique, anti-royale, et les circonstances feront que l'Artois restera
séparé de la France jusqu'au coeur du XVIIème siècle. C
 |
Guerres et paix
 |
Le grand dessein de la politique
française avant été la reconquête des provinces du Nord, il va sans
dire que l'Artois ne pouvait connaître la sécurité tant que celle-ci
n'ait pas été définitivement rattachées à la France. La lutte passa
par bien des vicissitudes, périodes de guerres intensives, larvées ou
d'accalmie qui ont réglé plus ou moins la vie des Créquinois. |
 |
Le temps de Jean V
 |
La période qui s'ouvre avec la
défaite d'Azincourt voit le Duc de Bourgogne réaliser l'alliance
anglaise, et, l'arrivée de Jean V, sans nul doute, le plus
prestigieux des sires de Créquy. Sa carrière s'est effectuée au
rythme des grands événements. I |
 |
L |
 |
Entre 1435 et 1460, nous n'avons que
très peu de renseignements sur la vie de Jean V de Créquy. La paix
régna probablement, et, les Créquinois ont pu retrouver leur
prospérité, malgré la présence toujours dangereuse des Anglais à
Calais, mais aux prises avec de multiples difficultés. |
 |
Créquy comme à Fressin, comme
ailleurs en Artois, le Duc de Bourgogne pousse son emprise et réclame
l'aide. Il sera intéressant de suivre cette imposition à travers
tout le XVeme siècle, ce qui est possible, grâce aux nombreux
comptes qui existent encore. En 1438, Créquy et Torcy devront 20
livres (Fressin 25 livres). |
 |
Les années soixante dix ramènent
le péril de guerre (visées de Louis XI, mégalomanie de Charles le
Téméraire) |
|
 |
La flambée (1472-1493):
 |
En 1472, 73, 75, les armées
françaises ravagent le sud de l'Artois. Les villages de la vallée de
la Canche sont la proie des flammes. Les troupes royales n'ignorent
pas la vallée de la Créquoise par ailleurs. |
 |
En 1477, la mort du Téméraire sous
les murs de Nancy livre l'Artois aux troupes françaises, et en
particulier la ville d'Hesdin, et qui tient jusqu'à la Guerre de
Trente ans. La même année, la fille du Téméraire, tout prix
l'Artois... |
 |
Cette guerre reprend dès 1479, et
les français du Maréchal d'Esquerdes sont battues à la première
bataille d'Enguinegatte, par Maximilien. |
 |
La lutte se poursuit, plus au moins
coupée d'arrêts. En 1486, lutte pour Thérouanne. Les troupes
harcèlent la région encore jusqu'en 1492.. Des difficultés de tous
ordres accompagnent la guerre. Ainsi en 1490, le prix des denrées
est-il excessif, selon Brésin. Les Français occupent Hesdin. Les
anglais s'en mêlent parfois. En 1492, ils vinrent, nostalgiques,
occuper Ruisseauville. L'on dit que le Château de Fressin flamba. |
|
 |
L'accalmie: De 1493 à
1513, accalmie relative due aux erreurs et rêves politiques du roi de
France Charles VIII et son successeur, qui s'embourbent un peu plus chaque
jour dans les affaires italiennes, et aussi à la bonne volonté de
Philippe Le Beau qui devient comte d'Artois, puisque le traité de Senlis
rend cette conquête. |
 |
De 1513 à 1536 : le tournant:
 |
En 1521, la guerre revient
ouvertement dans la région proche de Créquy. Cette année-là
quelques villages de la vallée de la Créquoise, de la région de
Fauquembergues du Haut-Boulonnais ont été ravagé.. Mais les
français tiennent Hesdin, et le château de Fressin leur est acquis.
En 1522, les anglais veulent prendre Fressin, mais ils ont défaits
par Créquy de Pont-Rémy, capitaine illustre du temps? |
 |
Des combats partout dans la région
encore en 1523, à Audincthun, avec tentative de prise d'Hesdin par
les Impériaux. Entre temps, Charles roi d'Espagne, comte d'Artois est
devenu empereur d'Allemagne : Créquy est devenu, par le fait des
héritages, espagnol, mais dans l'immédiat, il semble bien qu'il sera
à qui pourra le tenir. |
 |
En 1524 et 1525, la garnison
française d'Hesdin et une nouvelle tentative de prise de cette ville
menacent la tranquillité des Créquinois. Par sa victoire de Pavie,
Charles-Quint obtient que François 1er abandonne sa suzeraineté sur
l'Artois. Créquy devient donc un peu plus étranger encore à la France.
|
|
 |
Les années terribles : 1536-1559
 |
Entre ces deux dates, le Haut-Artois
connaît une intense période de guerre qui s'explique par le fait
qu'il se trouve au centre d'un réseau de places-fortes de réelle
importance : Thérouanne, l'oreiller du roi de France, Hesdin, Renty,
Montreuil, sans compter les places secondaires de Fressin, d'Embry,
etc... |
 |
Dès 36, la guerre recommence, mais
ce n'est qu'en mars 1537 que les soldats français de la garnison
d'Hesdin viennent ravager, entre autres, Créquy. L'église du village
est pillée, avec tous les meubles que les habitants y avaient
retirés, les y croyant en sécurité... Les Créquinois abandonnent
le village pendant plusieurs mois, probablement jusqu'à la trêve de
Bomy (30 juillet 1537). |
 |
Malgré la trêve ; les difficultés
continuent. Revenus, les Créquinois subissent des vexations de la
part des Impériaux des garnisons d'Aire et de Saint-Omer, sous
prétexte qu'ils étaient français, et qu'ils portaient croix
blanche. N'oublions pas que le seigneur de Créquy combat pour la
France. |
 |
En 1541, Charles-Quint demande une
aide extraordinaire de 60000 carolus d'or, qui pèse principalement
sur les commerçants et les agriculteurs. |
 |
La guerre reprend dès juillet 1542.
Les habitants de Créquy et de Royon ont été pillés bien des fois.
Ils doivent en outre verser au gouverneur d'Hesdin près de 700
carolus d'or, pour éviter l'incendie de leur village. Ils eurent 6
mois pour régler cette somme. D'autres menaces émanent du seigneur
de Créquy qui parle de brûler Fressin et les villages environnants
si l'on ne lui verse pas 100 écus d'or. Il faut dire que
Charles-Quint l'a remplacé, à la tête de ses terres, par des
seigneurs plus fidèles, ceux de Fontaine et de Regnauville. |
 |
La lutte s'achève en 1544, par le
traité de Crépy-en-Valois, qui accorde de nombreux villages d'Artois
au Boulonnais. La frontière se rapproche encore de Créquy. |
 |
Dès 1549, la lutte a repris. En
1552, les Impériaux prennent Fressin, occupé jusqu'alors par les
Français... Les troupes rôdent dangereusement dans le secteur. |
 |
1553 est une mauvaise année. Les
Etats d'Artois votent 140000 écus pour l'Empereur. Les troupes
impériales prennent Thérouanne, puis s'installent à Fruges, avant
de s'emparer d'Hesdin. Pendant les quartiers d'hiver qui suivent, les
Allemands ravagent, brûlent les comtés de Saint-Pol et d'Hesdin. |
 |
En 1554, les français s'installent
à Fruges avant de livrer bataille à Renty. Ils reviennent par Fruges
et probablement par la vallée de la Créquoise -avec tous les
dommages que cela suppose- avant de s'installer dans la vallée de la
Canche. |
 |
Après 1554, la guerre s'estompe
quelques peu, mais les troupes françaises cantonnées en Boulonnais
ou en Picardie restent une menace, dont se plaignent encore les
Etats-d'Artois en 1559. |
|
 |
Une paix relative: après
1559, la paix revient, et il est probable que les campagnes du Haut-Artois
purent enfin profiter de la prospérité qui caractérisera le XVIème
siècle. Il y eut encore des troubles relatifs aux guerres religieuses,
mais ceux-ci restèrent cantonnés aux villes et à quelques régions bien
localisées de l'artois. 1567 fut encore une année d'inquiétude.
 |
La sécurité est plus fortement
troublée à la fin du XVIème siècle. Les garnisons d'Hesdin et de
Montreuil est pu peut-être faire trembler le plat-pays à cause de
l'état de guerre, mais ce n'est qu'en 1595 que la guerre s'installe
à nouveau dans le Haut-Artois, avec l'entreprise d'Henri IV. Les
châteaux d'Embry, de Thiembronne, et de Nielles de Seninghem sont
brûlés. Fruges brûla, et il serait étonnant que Créquy n'ait pas
eu alors à subir les excès des troubles engendrés par la guerre. |
 |
La paix de Vervins (1598) ramène le
calme, et alors peut s'ouvrir une belle période de prospérité avec
le règne des Archiducs Albert et Isabelle, malgré une alerte en
1622, pendant la guerre de Trente Ans, où le seigneur de Tramecourt
est sommé d'organiser la défense territoriale du secteur. |
 |
Mais dans l'ensemble, il semble bien
que le pays ait pu efficacement se relever de ses ruines, témoins ces
merveilleuses églises du XVIème siècle qui s'élevèrent un peu
partout, Créquy étant excepté bien entendu. |
 |
En 1569, sont réorganisés les
impôts directs. Le Centième est institué, et le dernier jour
d'octobre de cette même année, réunis en "cymetière",
devant le lieutenant général de la terre et seigneurie de Créquy,
les hommes de fiefs, les notables de Créquy sont "élus et
commis pour recevoir les rapports de toutes les maisons et autres
biens immeubles de Créquy..". |
 |
En 1605-1610, les Créquinois voient
avec étonnement les aquarellistes, mandés par le seigneur de Croy,
peindre leur village, et laisser à la postérité le témoignage de
leur pauvreté. |
 |
Vers 1630, sont refondues et
baptisées les deux cloches de l'église. Les parrains sont, de la
première, le seigneur de Créquy, Charles de Créquy, un illustre
guerrier, de l'autre l'abbé de Ruisseauville. |
|
 |
Le rattachement à la France
(1635-1679)
 |
La guerre recommence entre l'Espagne
et la France dès 1635, mais ce n'est qu'en 1638 que réapparaissent
les troupes dans le secteur, que les populations locales, et en
particulier, celle de Créquy redoute avec terreur. Les vieillards se
souviennent encore de la dernière incursion de Henri IV, grossie en
plus -on peut le supposer- par la légende. |
 |
Le siège de Saint-Omer de 1638, et
la prise du Château de Renty, accompagnée de son démantèlement,
ont pour effet de propager la panique dans le Haut-Artois. La prise
d'Hesdin par les troupes de la Meilleraye livre la région aux
Français, mais les Créquinois ont fui, et sur ce, nous avons le
témoignage de Pierre De Maigny, bailli d'Habart. |
 |
En 1644, les Créquinois ne semblent
pas être revenus, et forcément, les rentes seigneuriales ne rentrent
pas, ce dont s'inquiète le seigneur du Préhédré. Pierre de Maigny,
son bailli lui répond qu'il ne fait pas bon vivre dans un région,
que la garnison d'Hesdin et son gouverneur vole, incendie ou pille,
comme ce fut le cas à Embry. Quant à lui, Pierre, il s'est retiré
en Flandre. |
 |
Néanmoins, les Créquinois rentrent
en possession de leurs biens cette année là, mais les contributions
sont très élevées, et ils ont du mal à vivre. Les rentes
foncières et droits casuels ne sont pas payés, et, en 1653, une
enquête a lieu à ce sujet. |
 |
Mais peu à peu les Français
s'installent définitivement dans le pays, qui retrouveraient son
calme, si, un aventurier du nom de Fargues n'avait pas résolu de
s'installer en maître à Hesdin, d'appeler les Espagnols à qui il
projeta un moment de rendre la ville, et d'opérer destructions et
rançonnement de la population avoisinante. Le château de Fressin, le
clocher de l'église de Sains sont détruits. |
 |
La paix des Pyrénées (1659)
apporte enfin la paix. L'artois est rendu à la France, mais Créquy
n'en demeure pas moins un pays-frontière, car l'Artois réservé
reste à l'Espagne (bailliage de Saint-Omer et d'Aire) et cette terre
espagnole encore pousse ses tentacules jusqu'à Coupelle. |
 |
Des contestations demeurent dans les
années 60. Coupelle est même occupée par les Espagnols, ce qui a
tout lieu d'inquiéter les Créquinois, qui par expérience savent
quoi attendre de la soldatesque, qu'elle soit amie ou ennemie. |
 |
La guerre de Hollande et la prise de
Saint-Omer en 1677 ramène la soldatesque dans la région, d'autant
plus que l'année précédente les grands chemins de la région, et en
particulier de Créquy avaient été parcouru par la bande de brigands
commandés par Dewailly et Caron, inspirés en partie par des
considérations d'ordre politique. |
 |
Enfin 1679 et la paix de Nimègue
amène la fin des hostilités. L'Artois réserve fait retour à la
France. Créquy cesse alors d'êter un village-frontière. De
nouvelles perspectives d'offrent à lui. |
|
|
 |
Les structures socio-économiques: les
dominants
 |
Du XVème au XVIIème siècle, la vie
créquinoise est confinée dans certaines structures socio-économiques
héritées du Moyen-Age, mais qui se modifient sensiblement pendant cette
période. |
 |
Seigneuries:
 |
La seigneurie de Créquy.-
|
 |
La seigneurie du Préhédré:
|
 |
La seigneurie du Tronquoy:
|
 |
La seigneurie du Bois Mulet: |
 |
D'autre fiefs:
|
 |
La dîme: : |
|
 |
Le rôle de la seigneurie et les
agents seigneuriaux:
 |
Les seigneuries et la dîme pesaient
assez lourdement sur les revenus du paysan. |
 |
Cette aristocratie du sol ne se
contentait pas de prélever des sens modiques ( au Préhédré, deux
sols par mesures), mais des charges en nature grevaient la terre, que
ce soit le terrage ou la dîme. Le terrage ne se prélevait pas sur la
totalité des terres créquinoises, mais exclusivement sur des terres
dont nous avons eu l'occasion de parler dans le chaptre précédent.
Donc, il est difficile d'établir une évaluation de ce que pouvaient
donner leurs revenus les Créquinois, au ce soit au seigneurs ou au
décimateur. N'oublions pas que ce n'était là qu'une partie de ce
qui était prélevé. Le Prince, par l'intermédiaire des Etats
d'Artois, demandait les centièmes. D'autres part, les impôts
indirects étaient très élevés dans les Pays-Bas. |
 |
Outre les redevances qu'ils tiraient
de la terre, les seigneurs devaient assumer certaines fonctions bien
précises de justice et de police.
 |
Le seigneur exerçait une
certaine justice foncière. Il percevait des droits, définis par
la coutume de Créquy, sur toutes les mutations, droits de relief,
etc... |
 |
Le seigneur exerçait également
la basse, moyenne et haute justice, mais il y a forte à croire
qu'à l'époque qui nous préoccupe que cette belle formule,
conventionnelle, n'aie été que de principe. |
 |
Le seigneur n'exerçait en fait
qu'une justice assez basse. Il réprimait les délits, s'occupait
vraisemblablement de petites affaires civiles. Quoiqu'il en soit,
cette activité procurait des ressources civiles. Quoiqu'il en
soit, cette activité procurait des ressources assez
intéressantes, loin d'être négligeables. |
|
 |
Pour exercer ces différentes
fonctions, perception des redevances police et justice, les seigneurs
avaient besoin d'un personnel qui s'est mis en place, semble-t-il, à
compter du XVème siècle. Du moins, nous n'en avons pas mention
auparavant.
 |
Le grand bailli avait pour rôle
d'assumer la justice, comme d'ailleurs les autres personnages. Il
était payé sur les revenus de la seigneurie, soit proportionnellement
à ce qu'il en retirait, soit suivant un traitement fixe. (les
baillis de Créquy) |
 |
La seigneurie du Préhédré
possédait également un bailly qui cumulait aussi les charges de
procureur et de receveur. Le premier connu est Mahieu Breton
(1473), installé à Coupelle-Vieille (?). En 1629, Pierre De
Magny sera désigné Bailly. Il restera en place jusqu'à sa mort
en 1661. Ensuite, la charge de Bailly du Préhédré sera
peut-être assumé par les officiers seigneuriaux cumulait bien
souvent cette fonction de receveur, comme c'était le cas au
Préhédré. |
 |
e groupe d'officiers et d'agents
seigneuriaux est intéressant à plus d'un titre. Il est aidé
dans sa tâche par des gardes, dont la principale occupation est
la police forestière et rurale... Tous ce gens bénéficiaient
d'un pouvoir certain. Ce sont eux qui dominent directement la
seigneurie, ce sont les maîtres. Une étude de ce groupe serait
à faire. A première vue, il semblerait que les sires de Créquy
aient d'abord donné ces fonctions à des ressortissants de la
petite noblesse, du moins jusqu'au XVIème siècle, mais peu à
peu, ceux-ci se sont plus ou moins mêlés à la bourgeoisie
rurale (notaires et officiers divers de Fressin), voire à
l'oligarchie paysanne, et de ce fait les fonctions seigneuriales
ont été assumés par ces groupes, et cela plus fortement à
compter du XVIème siècle. |
 |
N'oublions pas que ces officiers
ne résidaient pas forcément à Créquy, sauf en ce qui concerne
les gardes et le Bailly du préhédré, et que c'est
essentiellement Fressin qui les fournissaient. Mais leur influence
sur Créquy était plus que réelle, si bien que l'on ne doit pas
négligé d'en parler. |
|
|
 |
La bourgeoisie et Créquy!
 |
Dès le XVème siècle, Créquy a
affaire à la bourgeoisie; Celle-ci possède l'argent, et tire des
rentes sur la campagne. En 1473, un conseiller demeurant à Montreuil,
Mathieu du Bos, possède une rente sur le fief de Jehan Du Val. |
 |
Nous avons vu comment la bourgeoisie
rurale de Fressin a pu peser sur les Créquinois par l'attribution des
offices seigneuriaux. |
 |
Les Centièmes de 1569 nous
révèlent que cette bourgeoise tient un peu de la terre créquinoise,
environ 260 mesures, soient 6,5 % de l'ensemble du sol, mais si l'on
excepte les bois possédés par les nobles (1500 à 1700 mesures), les
Communes, c'est-à-dire si l'on ne tient compte que des terres
rôturières, soient 1900 mesures, on arrive à un pourcentage de 14
%, ce qui est loin d'être négligeable. Les terres possédées par la
bourgeoisie en 1569 se répartissent en quatre propriétés (Martin
Ocquiez, Laurens Blioul, François Cossin, Louis Le Telliez). L'on ne
connaît pas la résidence de cette bourgeoisie, mais la famille
Blioul était installé au XVIème siècle sur les terres du seigneur
de Créquy; habitaient-ils Créquy ? |
 |
La présence de la bourgeoisie
serait à déterminer pour le XVIIème siècle, car on constate un accroissement
de la propriété bourgeoise au XVIIIème siècle, et, il y a tout
lieu de croire que cet accroissement a été substantiel entre 1569 et
1680. Ainsi la famille Mayoul possédait près de 100 mesures de terre
de Créquy à la fin du XVIIème siècle. L'on aimerait connaître la
constitution de ce patrimoine, s'il a été provoqué grâce à
l'endettement des paysans. D'autres part, il se peut, qu'entre 1569 et
le XVIIIème siècle, la bourgeoisie se soit emparé des dernières
terres labourables appartenant à la noblesse, mais cela n'est pas
certain... |
 |
Les terres de la bourgeoisie
étaient en 1569 affermées à des fermiers qui, à l'exception d'un
seul, ne possédait pas de terres à Créquy. Il semble que ce fait
mérite d'être noter. D'autre part, ces fermiers ne semblent pas
avoir fait souche, par la suite, à Créquy. |
|
|
 |
Les structures économiques et sociales:
les Créquinois
 |
Les Créquinois sont des dominés, si
l'on peut dire, du fait de la structure seigneuriale qui caractérise
l'époque. Mais plusieurs restrictions sont à faire. Premièrement les
Créquinois possèdent à peu près la moitié du sol de leur village, et
si l'on excepte les bois, leur situation apparaît meilleure encore (65 à
85 % des terres labourées). D'autres part, il apparaît que tous les cCéquinois
ne sont pas dominés de la même façon. On peut discerner plusieurs
groupes sociaux, des notables aux misérables. |
 |
La démographie: Pour l'Ancien
régime, pas de recensement au sens moderne du terme. Parfois, des
chiffres, mais qui manquent de précision, et qui ne possèdent qu'une
valeur, somme toute, indicative.
 |
En 1469, Créquy compte 69 feux,
mais il faut lui adjoindre la paroisse de Torcy, étant donné que
celle-ci ne figure pas sur le rôle des aides en question, et qu'il y
a tout lieu de croire que l'aide de Créquy et Torcy était perçue
globalement, comme nous le montre d'autres comptes de ce même
siècle. Dans ce cas, peut-on indiquer quelle est la part qui
appartient en propre à Créquy ? Il semble que l'on peut affirmer que
le nombre de feux était compris entre 40 et 50, ce qui peut faire une
population de 250 habitants environ. C'est peu, et l'on doit suspecter
un tel chiffre. D'abord, il est probable que l'on a tenu compte que
des feux où l'on percevait effectivement l'aide, et que l'on a
éliminé du compte les foyers par trop misérables, et l'on ignore
bien sûr en quelle proportion ceux-ci étaient représentées.
D'autres part, il est possible que l'on ait volontairement minimisé
le nombre de feux, cela en espérant que l'on aurait moins à payer.
Dans ces conditions, il est possible de présumer que la population de
Créquy était de l'ordre de 300 à 400 habitants. |
 |
En 1569, les centièmes permettent
de dénombre 95 propriétaires ou locataires qui ont effectivement un
manoir amazé à Créquy, et qu'ils habitent. Quelle population
pouvait correspondre à ce nombre de propriétaires ou locataires
résidants ? Il semble que l'on puisse multiplier ce nombre par 5 ou 6
pour les familles sans terre ou non-locataires ne figurent pas dans ce
rôle. L'on pourrait alors admettre une population de 55 habitants. |
 |
Le chiffre de 1698 est donné
d'après l'enquête de Bignon. Il est de 309 habitants. Ce nombre est
manifestement trop bas si on le compare à celui de 1725,
c'est-à-dire 570 habitants. On ne peut en effet supposer un tel
accroissement démographique à cette époque quand on sait que
Créquy a subi des crises sérieuses (1710) et que le ralentissement
des naissances s'y est également fait sentis. Ce chiffre devrait
être rehaussé à 400 habitants, peut-être même plus. |
 |
De ces chiffres incertains, il est
quand même possible de tirer quelques constatations.
 |
Durant le XVIème siècle, la
population de Créquy s'est accrue, alors qu'elle a stagné, voire
diminué durant le XVIIème siècle. La guerre de Trente Ans y est
donc pour quelque chose, d'autant plus que l'évolutions des
naissances dans le début du XVIIIème siècle, seule chose
possible de faire pour Créquy vu ce qui nous reste des registres
paroissiaux, permet de deviner qu'une baisse démographique
(ralentissement des naissances) s'est manifestée entre 1690 et
1715, cette baisse étant probablement due à celle constatée en
mains lieux de France entre 1630 et 1660 |
 |
.Est-il permis d'apporter des
précisions sur l'état démographique de Créquy sans tomber dans
les généralités. L'on conçoit que les grandes guerres qui ont
été le lot de l'époque ont plutôt favorisé la mortalité.
Quelques épidémies sont mentionnées, comme cette peste
"qui règne à Fressin et alentours" à une date non
précisée entre 1554 et 1574. |
|
|
 |
La société créquinoise
 |
Les Créquinois possédaient en 1569
1600 mesures de terres, prés, manoirs et maisons, soient donc 40 % du
sol créquinois. Par contre, ils en cultivaient 1900 mesures, mais
nous avons vu que les terres bourgeoises étaient affermées à des
fermiers non enracinées à Créquy, quoiqu'y demeurant. De plus, ils
jouissaient en commun de plus de 100 mesures de Communes, petits bois
où tous étaient libres de faire paître leurs bêtes. Quant aux
bois, il est bien possible qu'ils pouvaient y posséder certains
droits d'usage quoique la coutume de Créquy avait laissé au seigneur
de multiples avantages et la possibilité de les mettre en "deffens". |
 |
Cependant tous les Créquinois ne
possédaient pas de la même façon de la terre. A côté de belle
propriétés d'autres, la plupart n'avaient que des lots minuscules..
La répartition de la terre permet de discerner quatre groupes
sociaux.
 |
Les "coqs" de
village. - |
 |
Les laboureurs:
|
 |
Coqs de village et laboureurs
forment donc la haute société rurale, si l'on peut dire, et il
est permis de les suivre à travers les documents, soit qu'ils
figurent aux grands actes de la vie créquinoise, comme lors de la
rédaction des coutumes en 1507 (Le Parmentier, Cornu, etc...),
soit que certains d'entre eux accéderont aux offices seigneuriaux
dans les temps qui suivront. |
 |
Les ménagers: |
 |
Les petits: |
|
|
 |
Les solidarités dans le village
 |
Le village forme avant tout la
paroisse, mais aussi déjà la Communauté. Devant le peu de
documents, il ne nous est pas permis de savoir quoi que ce soit de
précis sur les solidarités à l'intérieur de cette communauté.
L'étude sociale nous a permis de discerner des groupes, mais il n'est
pas certains que ces groupes avaient un embryon de conscience de
"classe". |
 |
Par ailleurs, pour les pouvoirs
publics, la communauté forme un tout. Ils ignorent l'individu, et
quand il s'agit de fixer l'impôt car c'est principalement pour cela
que les pouvoirs publics se préoccupent du village, ils taxent la
Communauté de façon globale, à charge à ses mesures de répartir
entre eux le montant. |
 |
Les réunions de la Communauté,
comme on peut les percevoir en lisant le préambule des Centièmes
gardaient une certaine allure démocratique : "Les répartiteurs
sont élus", mais en fait, ce sont les plus riches d'entre eux
qui sont désignés. La Communauté créquinoise suit donc le cas
général, et est dominé par l'oligarchie paysanne. |
 |
Un problème intéressant est celui
des relations communauté- aristocratie. Peut-on admettre le principe
de solidarité verticale entre les seigneurs et leurs tenanciers,
suite à certains historiens ? Il est difficile de le dire, et les
seuls documents que nous possédons nous montrent que parfois la
communauté entière avait des litiges avec cette aristocratie, en
particulier les décimateurs de l'abbaye de Ruisseauville, comme dans
la seconde moitié du XVIème siècle, où les habitants du
Préhédré sont en procès avec l'abbé pour une question de dîme,
mais ce ne sont là que des petites affaires qui émergent et dont il
est difficile en tout cas de tirer des conclusions générales. La
question des solidarités reste posée, et il est à craindre qu'elle
ne soit jamais résolue, du moins pour la période concernée par ce
chapitre. |
|
 |
L'économie:
 |
L'organisation économique:
 |
La cellule économique de
base reste la famille, qui doit pourvoir à sa subsistance. |
 |
L'agriculture est reine, mais
pour la moitié des familles, nous avons vu que une activité
d'appoint était indispensable, mais nous ne savons pas de quelle
nature celle-ci est. |
 |
En moyenne, compte-tenu de la
dîme et du terrage (10 % des terres), on peut affirmer qu'en
nature le paysan livre 5 % de sa récolte, ce qui somme toute,
n'est pas catastrophique. Par contre les impositions en espèces
ont pu être plus élevées : cens, centièmes, impôts indirects. |
 |
Si l'agriculture est reine, un
artisanat agricole est indispensable. Les maréchaux, les meuniers
sont des personnages assez importants dans le village. |
|
 |
Prédominance de la culture
 |
76 % du sol agricole
créquinoise est en, 1569 occupé par des terres, c'est-à-dire
que la culture prédomine nettement par rapport à l'élevage. |
 |
On sait peu de chose sur la
production agricole de ce temps, et Créquy s'aligne en ce domaine
sur la situation générale. Le blé domine. Mais il serait
intéressant de connaître l'importance des cultures propres à
l'élevage, comme l'avoine. |
|
 |
L'élevage
 |
L'élevage est mieux connu, car
existent des documents précis. Il serait important de pouvoir
comparer le proportion des prés (24 %) existant à Créquy avec
celle d'autres terroirs. Enfin, il ne semble pas que ce n'est
qu'avec de très fortes restrictions et au profit de quelques
paysans privilégiés. Souhaitons que l'on pourra retrouver
quelques beaux de seigneurie, ce qui n'est pas impossible. |
 |
Les prés sont prépondérants
dans la constitution des fiefs, tel que le révèle le
dénombrement de 1473. |
 |
En 1569, on relève quelques
beaux troupeaux, de plus de 100 têtes, et Isabeau Parmentier
possède ; à elle toute seule, 200 têtes. Quatre autres paysans
ont plus de 100 têtes. Pierre De Mangny, un des trois notables,
possède également un beau troupeau, mais pas exclusivement de
"blanches bêtes". |
|
 |
L'exploitation forestière
 |
L'exploitation forestière a
été dans tout l'ancien régime un chapitre important de
l'économie créquinoise, mais elle reste le seul domaine
réservé aux seigneurs, et ceci explique sans doute les
restrictions que ceux-ci ont mis aux droits d'usage des habitants
(voir coutume). |
 |
Ce n'est que vers le milieu du
XVIIème siècle que l'on possède des informations précises sur
la vie de la forêt. Les papiers du seigneur du Préhédré
concernant le bailli, Pierre De Maigny (1629-1661) attestent
clairement que ce sont les ventes de bois qui procurent le plus
d'argent au seigneur, sans doute 80 % du revenu d'une seigneurie. |
 |
Entre 1671 et 1679, plusieurs
ventes de bois nous montrent que ce sont les Créquinois,
Coupellois ou Frugeois, commerçants ou autres qui sont acheteurs.
Il se vend à chaque fois environ une douzaine de mesures.
N'oublions pas que dès le XVème siècle, l'on sait que les bois
de Créquy se coupaient de quinze ans. |
 |
Quant à l'économie
charbonnière que nous avons supposée durant le Moyen-Age
classique, il est probable qu'elle s'est poursuivie durant la
période, puisqu'elle est encore active en plein XIXème siècle. |
|
|
|
 |
Quelques aspects de la vie
 |
La vie matérielle
 |
En ce qui concerne l'aspect du
village, nous n'avons que la précieuse, mais hélas! pas très exacte
gravure des albums de De Croy, réalisée entre 1605 et 1610. |
 |
Le village:
 |
Le trait essentiel du paysage est
la château en ruines. |
 |
L'église autre monument est une
chétive construction où l'on distingue trois travées (comme
l'église actuelle), mais il n'est pas certain que celle-ci en
procède. Il se peut d'ailleurs qu'il y ait eu reconstruction durant
le XVIIème siècle, mais nous n'avons pas de trace formelle, ni
dans les actes, ni dans les architecture. |
 |
Entre l'église et le château,
une place, mais il faut suivre à la lettre les indications de la
gravure, l'église se trouverait de l'autre côté du château, par
rapport à la situation actuelle. |
 |
Signalons que la végétation
naturelle est plus importante que de nos jours. Les chemins, les
rideaux étaient alors bien boisés. Créquy s'inscrivait dans un
cadre de verdure des plus attrayants. |
 |
uant aux autres éléments de la
gravure, ils sont très difficilement localisables. L'on peut
supposer qu'entre le XVème et le XVIIème siècle, les fermes
situées actuellement dans la rue de l'Eglise existaient déjà. |
|
 |
L'habitation :
 |
Sur la gravure, la majeure partie
des habitations est de taille réduite. Le torchis domine dans la
construction, et la paille est de rigueur pour la toiture. Sur la
façade, peu d'ouverture : une porte, sans doute déjà à deux
volets (?) et une ou deux fenêtres bien petites d'ailleurs, en un
temps ou le verre n'est guère très usité, car matière
importable. |
 |
On discerne ça et là quelques
habitations plus importantes, peut-être construites en pierre, du
moins en partie. Ces habitations sont probablement vouées à une
destination spéciale : taverne, forge, etc... |
|
|
 |
La vie religieuse:
 |
L'administration religieuse
 |
Nous avons laissé, en 1415,
Créquy dans le diocèse de Thérouanne, doyenné de Fauquembergues.
Cette situation s'est transformée tant soit peu du fait de la
destruction de Thérouanne en 1553, et de la partition de
l'évêché en 1559. A cette date, Créquy est rattaché à
l'évêché de Boulogne, et au doyenné de Fauquembergues. |
 |
Nous ne savons guère quel pu
être exactement le rôle de l'évêque sur la vie religieuse de
Créquy. Disons que l'efficacité épiscopale alla en d'améliorant,
et que le diocèse s'organisa sur des bases solides durant le
XVIIème siècle. |
 |
De toute façons, c'était
toujours au décimateur qu'il appartenait de nommer le curé de
Créquy, et celui-ci était bien souvent un moine de l'abbaye de
Ruisseauville. |
|
 |
Les curés de Créquy
 |
Nous n'avons pu établir de liste
complète des curés de Créquy de 1415 à 1680, et le premier qui
apparaît, à la fin du XVème siècle, Jean de Maubailly, devint en
1500 abbé de Ruiseauville. |
 |
En 1507, Robert Le Caron est
témoin lors de la rédaction de Coutumes, puis c'est l'inconnu pour
plus d'un siècle. |
 |
Jules Boningues fut curé jusqu'en
1646. |
 |
Lui succéda Antoine de Lanes
(1646-1669). |
 |
puis Fremant (1669-1697). |
|
 |
La vie religieuse
 |
Il est délicat de parler de la
vie religieuse, et d'apprécier la profondeur de la foi de habitants
à une époque où la religion était incluse de façon officielle
dans la vie, et qu'être connus, originaires de Créquy, ne
peuvent-ils rien nous révéler en ce domaine. Les grandes familles
du village essayaient de placer un de leur fils en religion. C'est
le cas des Demaigny (Joseph De Maigny, décédé en 1674, J.
Demaigny, décédé en 1631), des Petit (? Petit, décédé en 1683)
des Blandouin, Houillez, etc... |
 |
Signalons en outre un témoignage
plus sûr quant à l'appréciation de la qualité de la foi,
l'érection d'une confrérie en 1654 dédié au Rosaire, par les
Dominicains. Un effort a donc été fait en ce sens, comme il est
coutume d'en voir au XVIIème siècle, qui fut avant tout un siècle
essentiellement de ferveur religieuse. |
|
 |
Les fonctions sociales de l'Eglise
 |
Il n'est pas possible de savoir
quoi que ce soit sur la fonction scolaire de l'église de Créquy
avant 1725. Néanmoins, il est probable qu'assez tôt un
enseignement fut dispensé, mais sans doute à Créquy même, et un
notable paysan comme Pierre De Magny, maintes fois cité dans ce
chapitre, n'était guère embarrassé pour écrire une lettre à qui
que ce soit. |
 |
Quant à l'action de l'Eglise en
faveur des pauvres, elle était possible grâce aux biens de la
maladrerie de Créquy-Torcy. Depuis longtemps la lèpre avait
disparu, et les revenus de cet établissement furent dévolus aux
pauvres, gérés par la fabrique de l'église. |
 |
Ces revenus consistaient en
quelques terres situées sur le territoire de Torcy, et en 1679,
c'était un fermier de Créquy, Jacques Hoguet, qui avait la
jouissance de ces terres on ne sait à quel titre. A cette date, la
maladrerie est rattachée à celles de Fauquembergues, Auchy et
Coupelle au profit de l'ordre de Saint-Lazarre et le fermier ne
voulut probablement pas rendre ces biens de bonnes grâces.
L'affaire alla donc jusqu'à la chambre royale qui ordonna à
Jacques Hoguet de se "départir des biens et revenus de la
maladrerie au profit de l'Ordre. |
|
|
|
 |
Documents
|
|